Un Québec numérique, qu’attendons-nous?

Le Québec glisse vers le bas dans l’échelle de la compétitivité parce que nos voisins, provinces et pays, se sont donnés une vision d’avenir pour tirer collectivement tous les bénéfices des nouveaux modes de communication et de l’économie immatérielle sous la forme d’un Plan numérique.

Tous les rapports concernant l’autoroute de l’information, du rapport Berlinguet de 1995 au dernier rapport Gautrin, ont été tablettés ou risquent de l’être.

Depuis 30 ans nous n’entreprenons que des actions individuelles et souvent désordonnées, ce qui vaut aussi pour les 23 ministères, et plus de 200 organismes publics qui sont autant de silos. Nous investissons dans le béton, dans l’avoir et trop peu dans le savoir.

Le Québec vit actuellement une série de crises, la perte de confiance des citoyens envers leurs institutions et leurs dirigeants, les crises économiques qui grugent notre bien-être ou nos crises d’identité, etc.

Nous sommes aujourd’hui une société tellement divisée que nous ne pouvons plus établir de consensus concernant nos projets d’avenir. Ces crises surviennent notamment parce que nous passons d’une ère industrielle vers une autre qui devient postindustrielle. Parce que nous perdons tous nos points de repères, nous devenons inquiets, comme d’ailleurs la plupart des autres sociétés de notre planète.

Nous basculons vers une société de la connaissance où l’information devient notre matière première et l’Internet la place publique où se prennent nos décisions. Nous vivons des passages difficiles parce que nous allons :

                     D’une démocratie élective       vers une démocratie participative

                     D’une majorité silencieuse      aux lucides, indignés et carrés rouges

                  D‘un individualisme forcené      vers une responsabilisation collective

                       D’une civilisation du livre     vers une civilisation d’images-écran

                                       De la loi de l’offre     à celle de la demande, etc.

Nos six demandes :

• Créer une Agence du numérique qui relèverait de l’Assemblée nationale (comme la Société Hydro-Québec qui a pour mission de gérer toutes les questions énergétiques). Cette agence relèverait du Parlement et devrait transcender les partis politiques et le pouvoir exécutif.

• Co-construire un Plan numérique avec l’ensemble des acteurs et la population de toutes les régions du Québec, capable de développer à la fois l’économie, la culture et les savoirs, dans notre société qui doit s’adapter, comme toutes les autres, au XXIe siècle.

• Créer un Conseil national du numérique qui serait formé des représentants reconnus de l’ensemble des secteurs d’activités et de la société civile. Il serait obligatoirement consulté par le Parlement et les ministères pour toutes questions concernant le développement du numérique sur le territoire québécois. Nous pensons au modèle du Conseil supérieur de l’éducation à l’intérieur de la Loi sur l’instruction publique

• Créer un forum de participation citoyenne indépendant du gouvernement, soutenu par celui-ci et une fondation par exemple, avec une gouvernance assurant sa neutralité. Un modèle inspirant : NESTA en Angleterre ou http://www.worldwatch.org/

• Investir prioritairement dans le savoir, et non dans l’avoir, c’est-à-dire principalement dans les transferts et la mutualisation des connaissances.

• Investir aussi dans le déploiement de réseaux à très haute vitesse (100 Mb symétrique et plus) et gérer selon les règles « OpenAccess » afin de rendre nos infrastructures interopérables, ouvertes et performantes pour communiquer entre nous et avec l’ensemble des pays avec qui nous entretenons des relations politiques, sociales et économiques.

Aujourd’hui, nous investissons dans le passé en empruntant sur l’héritage que nous allons laisser à nos petits-enfants : leur futur. Allons-nous demeurer encore longtemps étonnés devant notre peu d’envergure et de prévoyance ? Qu’attendons-nous?

N.B. Les auteurs signent cette lettre à titre individuel et forment un groupe de 13 étonnés

A propos Mario Asselin

Je me suis intéressé au Web participatif en octobre 2002 du temps où j'étais directeur d'école. Depuis près de quinze ans, j'anime vigoureusement mon blogue « Mario tout de go» qui a toujours été une sorte de carnet de bord et est maintenant aussi une véritable entreprise. Après 22 ans à oeuvrer dans le réseau scolaire, je suis passé au monde des affaires en 2005, via Opossum (une division de iXmédia) et maintenant à mon propre compte. Je m'intéresse à la formation, au domaine des communautés de pratique à la communication organisationnelle, à la gouvernance ouverte et au mouvement OpenData. Je collabore depuis mai 2011 aux projets de la formation politique dirigée par François Legault, la Coalition Avenir Québec.
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4 commentaires pour Un Québec numérique, qu’attendons-nous?

  1. Ping : Notre démarche… | Un plan numérique pour le Québec

  2. Je salue l’initiative louable des 13 Étonnés, mais la création d’une agence, d’un conseil, d’un plan pour supporter le développement du numérique me semble une impasse vouée à l’échec et constitue un risque de marginalisation d’une évolution profonde de notre société. Ce sont là des outils d’un autre âge que celui justement dont ils sont supposés favoriser l’essor. Le numérique n’est pas une constituante de notre société, il en est l’embrayeur principal, le système nerveux, il est partout et nul part à la fois. Il est le tout et ses composantes. Qu’un plan soit mis en place pour doter le Québec de l’infrastructures et des réseaux, d’une politique tarifaire cellulaire sensée soit; mais le reste doit se fabriquer en dehors d’une planification jacobine; dans les écoles, dans la rue, dans les cafés et les théâtres… L’idée de co-construction de la société numérique par la société civile est le point le plus important proposé dans ce rapport. Je suis près à contribuer aux discussions, débats, réflexion dans ce sens…
    Bien entendu nos gouvernants doivent se hâter de réaliser à quel point nous sommes sortis de la modernité pour entrer dans une ère nouvelle, dont les règles sociales, les codes d’éthique, le statut de l’acteur social, les rapports aux autres, à l’espace et au temps sont en profonde mutation. Le nouvel humanisme numérique prôné par Milad Douehi et l’home spatial de Michel Lussault devraient être au coeur d’un ensemble d’initiatives remontantes, plaçant les enjeux, non pas au sommet de l’État, mais dans les foyers et les écoles. Nous sommes connectés, branchés en tout lieu et en tout temps, engagés numériquement et spatialement, contributeurs volontaires, captateurs et de retransmetteur d’une information contextualisée et géolocalisée. Il manque les conditions de transformation de ces pratiques en véritable engagement social ; pour repenser le rôle des acteurs sociaux et ainsi reconstruire les bases même du fonctionnement de notre société. Ces recompositions sont déjà à l’oeuvre. Je suis moi même Étonné comme vous de constater à quel point nos penseurs politiques sont pour la plupart aussi peu conscients (ou pour le moins ne le laissent pas transparaître) de ce qui se joue et de la vitesse à laquelle cela se joue…
    Un grand merci donc…
    SR

  3. Mario Bruneau dit :

    Ah quelle belle initiative!
    Reste à savoir si nos gouvernants seront à l’écoute?
    Nous, les entrepreneurs du web, on s’étonne à chaque jour devant l’ignorance des enjeux économiques du web par les chefs d’entreprises eux-même. Si les entrepreneurs ne comprennent pas l’importance du numérique, après qu’une entreprise après l’autre sera tombée, c’est tout le Québec qui coulera.
    Faisons avancer les choses. Nous le devons à nos enfants.
    Mario Bruneau

  4. Ping : Vers un Plan Nerd ? | Mario tout de go

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